Conformité

RDUE et réglementation britannique sur le bois : ce qui change pour les importateurs présents sur les deux marchés

16 octobre 2026·9 min de lecture·goEUDR

Beaucoup d’importateurs de bois considèrent encore que les exigences britanniques et européennes convergent. En pratique, les deux régimes poursuivent aujourd’hui des objectifs différents, avec des preuves différentes et des obligations de dépôt qui ne se recouvrent pas. À l’approche du 30 décembre 2026, les entreprises présentes dans l’Union européenne et en Grande-Bretagne doivent éviter un piège fréquent : construire un dispositif calibré pour le Royaume-Uni, puis découvrir qu’il ne couvre pas les exigences du RDUE.

Ce qui s’applique aujourd’hui au Royaume-Uni

En Grande-Bretagne, le cadre applicable au bois reste le UK Timber Regulation, ou UKTR, en vigueur depuis 2013. Le régime impose aux opérateurs qui mettent du bois ou des produits dérivés sur le marché britannique pour la première fois d’exercer une diligence raisonnée et de maintenir un système de diligence raisonnée régulièrement évalué. Les négociants en aval doivent conserver les informations permettant de remonter jusqu’à l’opérateur.

Le point essentiel est le suivant : le UKTR est un régime centré sur la légalité. L’objectif est d’empêcher la mise sur le marché de bois récolté illégalement. Le système ne demande pas de démontrer l’absence de déforestation. Il n’impose pas non plus la géolocalisation des parcelles forestières.

Pour les entreprises actives des deux côtés de la Manche, cette distinction change immédiatement le niveau de données à collecter auprès des fournisseurs. Une chaîne documentaire suffisante pour le UKTR peut rester insuffisante pour le RDUE, même lorsque le produit, le fournisseur et le pays d’origine sont identiques.

Il faut également distinguer la Grande-Bretagne de l’Irlande du Nord. L’Irlande du Nord ne relève pas du UKTR et suit les règles européennes applicables au bois. Une entreprise qui distribue vers Belfast et vers Birmingham ne travaille donc déjà pas sous un cadre unique.

Ce que le Royaume-Uni a annoncé depuis juin 2026

Le Royaume-Uni prépare depuis plusieurs années un cadre plus large sur les produits associés au risque de déforestation. L’Environment Act 2021, via son annexe 17, a créé le pouvoir de réglementer les « forest risk commodities ». Ce texte reste un cadre général. Il ne crée pas d’obligations opérationnelles tant qu’une législation secondaire n’a pas précisé les produits concernés, les seuils et la date d’application.

Le texte adopté définit la forêt comme une surface de plus de 0,5 hectare avec une couverture arborée d’au moins 10 %. Il exclut aussi le bois déjà couvert par le UKTR.

Le 23 juin 2026, le gouvernement britannique a publié le document intitulé « The UK’s approach to deforestation regulations ». Le gouvernement y indique qu’en Grande-Bretagne, les entreprises utilisant des forest risk commodities et réalisant plus d’un million de livres sterling de chiffre d’affaires annuel devront mettre en place un système de diligence raisonnée, publier un reporting et conserver des preuves de conformité incluant des données de géolocalisation sur l’origine des produits.

Les matières citées incluent le bois, les bovins, le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc et le soja, ainsi que certains produits dérivés comme le mobilier et le chocolat. La législation de mise en œuvre est attendue en 2027. Aucune date d’application n’a été fixée à ce stade.

Il faut donc éviter une confusion fréquente dans les équipes conformité et achats : cette approche annoncée n’est pas encore un régime pleinement applicable. Les entreprises ont intérêt à s’y préparer, mais elles ne doivent pas traiter les propositions publiées en 2026 comme une obligation déjà entrée en vigueur.

Pourquoi le standard britannique reste différent du RDUE

Le futur cadre britannique annoncé et le RDUE utilisent tous deux le vocabulaire de la diligence raisonnée et de la géolocalisation. Cela ne signifie pas qu’ils appliquent le même test de conformité.

Le RDUE, c’est-à-dire le règlement (UE) 2023/1115, impose pour le bois un standard « sans déforestation » et légal. Les produits concernés ne doivent pas être issus de parcelles ayant subi une déforestation ou une dégradation forestière après le 31 décembre 2020. L’échéance applicable au bois est fixée au 30 décembre 2026. Il n’existe pas de report spécifique pour les PME du secteur bois.

Le standard britannique annoncé reste fondé sur le respect des lois locales du pays de production. Il s’agit donc d’un test d’illégalité. En pratique, un produit peut être légalement produit dans son pays d’origine et satisfaire le standard britannique annoncé, tout en échouant au test européen « sans déforestation ».

Cette différence a des conséquences directes sur les procédures de screening. Une entreprise qui vend dans l’Union doit évaluer le risque de déforestation et de dégradation forestière, y compris via des outils de cartographie et de vérification géospatiale. La carte JRC Global Forest Cover constitue aujourd’hui la référence gratuite de screening côté européen.

Un système limité à la vérification des permis d’exploitation, des licences de coupe et des documents douaniers ne suffit plus pour le marché européen.

Où les obligations de dépôt et de preuve divergent

La divergence la plus visible concerne le dépôt formel des déclarations.

Dans l’Union européenne, les opérateurs doivent déposer une déclaration de diligence raisonnée dans TRACES avant la mise sur le marché. Cette déclaration doit inclure les données de géolocalisation des parcelles d’origine. Pour les parcelles de plus de 4 hectares, un polygone est requis. Pour les parcelles de 4 hectares ou moins, un point unique reste admis.

Le RDUE impose également la conservation des preuves pendant au moins cinq ans. Les sanctions prévues sont élevées : au minimum 4 % du chiffre d’affaires dans l’Union, avec possibilité de confiscation des marchandises ou des revenus et exclusion des marchés publics.

Côté britannique, le UKTR ne prévoit pas aujourd’hui d’équivalent à la déclaration TRACES. Même dans l’approche publiée en juin 2026, le gouvernement parle de conservation des preuves et de reporting, mais aucun mécanisme comparable au dépôt préalable européen n’est actuellement en vigueur.

Pour les opérateurs présents sur les deux marchés, cela change la manière d’organiser les flux documentaires. Les données collectées peuvent être communes en partie, mais le processus de validation et de dépôt ne l’est pas.

Ce qu’un dispositif commun doit contenir

La manière la plus efficace de gérer les deux marchés consiste généralement à construire un questionnaire fournisseur unique et un dossier de preuves unique couvrant dès le départ le niveau d’exigence européen.

Dans la pratique, le dossier doit permettre de répondre simultanément aux exigences de légalité britanniques et aux exigences RDUE :

  • identification du produit, de l’essence et du pays de récolte ;
  • identification des fournisseurs et des opérateurs en amont ;
  • documents démontrant la légalité de la récolte et de l’exportation ;
  • données de géolocalisation des parcelles ;
  • cartographie compatible avec les exigences RDUE, y compris polygones lorsque requis ;
  • évaluation du risque de déforestation et de dégradation forestière après le 31 décembre 2020 ;
  • historique documentaire conservé selon une politique d’archivage couvrant au moins les exigences européennes ;
  • traçabilité interne permettant d’associer chaque lot commercialisé aux preuves correspondantes.

Le point important est d’éviter les dispositifs parallèles. Les entreprises qui séparent entièrement les flux « UK » et « UE » créent souvent des doublons documentaires, des incohérences de versions et des trous de traçabilité.

Les pièges pratiques les plus fréquents

Le premier piège consiste à croire qu’une conformité britannique couvre automatiquement les obligations européennes. Ce n’est pas le cas. Un dossier construit uniquement autour de la légalité de la récolte peut manquer des éléments essentiels pour le RDUE, notamment la géolocalisation exploitable et l’analyse du risque de déforestation.

Le deuxième piège consiste à traiter les annonces britanniques de 2026 comme une loi déjà applicable. Beaucoup d’équipes demandent déjà à leurs fournisseurs des attestations présentées comme obligatoires au Royaume-Uni alors que la législation de mise en œuvre est encore attendue.

Le troisième problème apparaît dans les lettres fournisseurs. De nombreuses attestations ont été rédigées pour un seul régime. Certaines couvrent la légalité mais ne mentionnent pas la déforestation. D’autres mentionnent la déforestation sans préciser les éléments de traçabilité nécessaires au UKTR. Les modèles documentaires doivent être revus ligne par ligne.

Enfin, plusieurs entreprises dimensionnent leurs archives pour une seule échéance réglementaire. Le RDUE impose une conservation des preuves pendant au moins cinq ans. Si les systèmes documentaires sont construits uniquement autour des besoins historiques du UKTR, la profondeur d’archivage et le niveau de structuration risquent de devenir insuffisants.

goEUDR accompagne les importateurs et négociants de bois dans la mise en place d’un dispositif opérationnel couvrant les exigences RDUE et les besoins britanniques actuels et annoncés : collecte fournisseur, gestion de la géolocalisation, structuration des preuves, préparation des dépôts TRACES et organisation documentaire adaptée aux flux multi-marchés.

Ce contenu est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un avis juridique.

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