Contrôles douaniers et RDUE : ce qui attend un importateur de bois à la frontière
Avec le RDUE, le passage en douane et le contrôle de conformité relèvent de deux mécanismes liés, mais distincts. Pour un importateur de bois, cela signifie qu’un conteneur peut être dédouané puis faire l’objet d’une demande d’informations de la part de l’autorité compétente concernant la déclaration de diligence raisonnée déposée dans TRACES. L’opérateur qui met les produits sur le marché reste juridiquement responsable des données déclarées et des preuves conservées.
Ce qui se passe à l’arrivée d’un chargement de bois
Lorsqu’un lot de bois arrive à un poste frontière dans l’Union européenne, l’importateur ou son représentant en douane dépose la déclaration douanière dans les systèmes habituels. Dans le cadre du règlement (UE) 2023/1115, cette déclaration doit également comporter la référence de la déclaration de diligence raisonnée enregistrée dans TRACES.
Cette déclaration est préparée avant la mise sur le marché. Elle contient notamment les informations sur l’opérateur, les produits concernés, les fournisseurs, les pays de production et les données de géolocalisation des parcelles de récolte. Pour les parcelles de plus de 4 hectares, la géolocalisation doit être fournie sous forme de polygone. Pour les parcelles de 4 hectares ou moins, un point unique est admis.
En pratique, les systèmes douaniers et TRACES communiquent afin de vérifier qu’une référence existe et qu’elle correspond bien au lot importé. Les autorités douanières et les autorités compétentes RDUE n’ont pas le même rôle, mais elles échangent des informations pendant les contrôles. Les douanes peuvent signaler un chargement à examiner, tandis que l’autorité compétente analyse le fond du dossier de diligence raisonnée.
Même lorsqu’un commissionnaire en douane ou un transitaire dépose les formalités pour le compte de l’importateur, l’opérateur reste le déclarant légal. Une erreur dans la déclaration, un mauvais rattachement du lot ou une information incomplète restent de sa responsabilité.
Comment les cargaisons sont sélectionnées pour contrôle
Les contrôles RDUE fonctionnent selon une logique fondée sur le risque. Les autorités ne vont pas inspecter physiquement chaque chargement de bois entrant dans l’Union. Elles croisent les données douanières, les informations contenues dans TRACES et différents indicateurs liés au risque de déforestation ou d’irrégularité documentaire.
Certains éléments augmentent la probabilité d’un contrôle approfondi :
- Des approvisionnements provenant de zones associées à la déforestation récente ou à la dégradation forestière.
- Des incohérences entre les espèces déclarées, les volumes ou les descriptions commerciales.
- Des données de géolocalisation incomplètes ou difficilement exploitables.
- Des antécédents de non conformité concernant l’opérateur ou un fournisseur.
- Une chaîne d’approvisionnement complexe avec plusieurs intermédiaires.
- Des volumes inhabituels par rapport au profil commercial de l’importateur.
Les autorités peuvent aussi utiliser des outils de cartographie et de pré analyse. La carte JRC Global Forest Cover constitue une référence gratuite fréquemment utilisée pour le premier niveau de vérification géographique. Elle ne remplace pas l’analyse de diligence raisonnée réalisée par l’opérateur.
Les documents et données comparés pendant un contrôle
Lorsqu’un lot est sélectionné, les autorités comparent les informations figurant dans la déclaration douanière, la déclaration déposée dans TRACES et les pièces conservées par l’opérateur.
Les contrôles portent généralement sur les points suivants :
- Existence de la référence dans TRACES.
- Correspondance entre les produits déclarés et les codes douaniers utilisés.
- Concordance des essences de bois dans les différents documents commerciaux.
- Cohérence des quantités, poids et volumes.
- Correspondance entre la chaîne d’approvisionnement réelle et celle décrite dans le dossier.
- Validité des données de géolocalisation.
- Présence d’une analyse de risque et des mesures de réduction associées.
Les autorités peuvent demander des documents complémentaires comme les permis de récolte, les factures fournisseurs, les connaissements, les documents de chaîne de contrôle, les registres de scierie ou les analyses satellitaires utilisées lors de l’évaluation du risque.
Dans le cas de produits transformés avant importation, elles peuvent aussi vérifier les calculs de conversion afin de rapprocher les volumes de matière première et les volumes de produits finis déclarés.
Quand la référence TRACES ne correspond pas au chargement
Un problème fréquent concerne les erreurs de rattachement entre le lot importé et la référence saisie dans la déclaration douanière. Cela peut venir d’une faute de saisie, d’une référence réutilisée par erreur ou d’une déclaration associée au mauvais produit.
Si les systèmes ne parviennent pas à faire le lien entre la cargaison et la déclaration enregistrée dans TRACES, les autorités peuvent suspendre la mainlevée le temps d’obtenir des clarifications. L’opérateur peut alors être invité à :
- Communiquer la bonne référence.
- Modifier la déclaration douanière.
- Corriger certaines données dans TRACES.
- Fournir des documents permettant de relier la déclaration au chargement concerné.
Si le problème ne peut pas être résolu, le lot peut être retenu ou refusé pour mise sur le marché dans l’Union. L’absence de lien valide entre le produit importé et la déclaration de diligence raisonnée constitue un point sensible du dispositif RDUE.
Le dédouanement ne vaut pas validation RDUE
Un point important pour les importateurs de bois concerne la différence entre le dédouanement et la conformité RDUE. Le fait qu’un conteneur soit libéré par les douanes ne signifie pas que le dossier est considéré comme conforme au règlement.
Un chargement peut être dédouané parce que les formalités douanières classiques ont été correctement remplies. L’autorité compétente RDUE peut néanmoins ouvrir un contrôle plus tard et demander les éléments de diligence raisonnée plusieurs semaines après l’importation.
Cette distinction a des conséquences concrètes. Certains opérateurs considèrent qu’une fois la marchandise sortie du port, le sujet est clos. Ce n’est pas le cas dans le cadre du règlement (UE) 2023/1115. Les sanctions prévues peuvent inclure des amendes représentant au moins 4 % du chiffre d’affaires réalisé dans l’Union, la confiscation des marchandises ou des revenus liés aux produits concernés, ainsi qu’une exclusion des marchés publics.
Ce qu’un importateur doit préparer avant l’arrivée du conteneur
Les contrôles les plus simples sont généralement ceux qui ont été anticipés avant l’arrivée du navire. Attendre une demande des autorités pour rassembler les documents crée souvent des retards et des incohérences.
Avant l’arrivée du lot, l’importateur a intérêt à vérifier plusieurs points :
- La déclaration de diligence raisonnée est bien déposée dans TRACES.
- La référence transmise au représentant en douane est correcte.
- Les factures et listes de colisage correspondent aux quantités déclarées.
- Les fichiers de géolocalisation sont complets et exploitables.
- Les documents d’analyse de risque sont accessibles rapidement.
- Les justificatifs fournisseurs sont centralisés.
- Un interlocuteur interne est identifié pour répondre aux autorités.
Dans beaucoup de cas, les difficultés proviennent moins du fond du dossier que de l’organisation documentaire. Lorsque les informations sont dispersées entre des échanges e mail, des fichiers locaux et plusieurs prestataires, les réponses données aux autorités deviennent plus difficiles à coordonner.
À quoi ressemblent une retenue ou une demande complémentaire
Une retenue ne signifie pas automatiquement qu’une fraude est suspectée. Dans la pratique, il s’agit souvent d’un blocage temporaire dans l’attente d’informations complémentaires.
L’autorité compétente peut demander des précisions sur les coordonnées géographiques, sur l’identification des essences ou sur la relation commerciale avec certains fournisseurs. Selon l’organisation nationale, la demande peut transiter directement par les autorités compétentes ou passer par les services douaniers.
Des inspections physiques restent possibles. Les autorités peuvent vérifier le contenu d’un conteneur, comparer les marquages avec les documents commerciaux ou demander des analyses d’identification des essences lorsque l’origine du bois soulève des questions.
Si les obligations de diligence raisonnée ne sont pas respectées, les produits peuvent être empêchés de mise sur le marché. Dans les situations les plus sensibles, une procédure de sanction peut être engagée.
Les importateurs doivent aussi prévoir des contrôles après importation. Un lot déjà libéré peut être réexaminé plus tard dans le cadre d’une enquête plus large portant sur une zone d’approvisionnement ou un réseau de fournisseurs.
Conserver une piste documentaire propre pendant cinq ans
Le RDUE impose une conservation des documents pendant cinq ans. Cette obligation est importante car les autorités peuvent revenir sur une opération longtemps après l’entrée des marchandises dans l’Union.
Une bonne gestion documentaire repose surtout sur la cohérence des informations. Les descriptions produits, les essences, les volumes, les fournisseurs et les références de géolocalisation doivent rester alignés entre TRACES, les déclarations douanières et les documents commerciaux.
Il est également utile de conserver l’historique des modifications lorsqu’un fournisseur corrige des coordonnées, remplace un permis ou transmet une nouvelle version d’un justificatif. Garder les anciennes versions et la trace des changements facilite les échanges avec les autorités lors d’un contrôle.
Beaucoup d’importateurs mettent en place un suivi reliant les bons de commande, les références TRACES et les numéros de déclaration douanière dans un même dossier consultable. Cela simplifie fortement les audits et permet de reconstituer rapidement le cheminement complet des données.
goEUDR aide les importateurs de bois à organiser les données fournisseurs, conserver les justificatifs et déposer les déclarations de diligence raisonnée dans TRACES afin de maintenir un dossier cohérent entre l’achat, l’importation et la mise sur le marché.
Ce contenu est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un avis juridique.
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